Lunikar (Interview)

Lunikar (Interview)

Appréciant le soutien que nous lui accordions depuis son projet Limpide, le Jeune Loup Lunikar nous a invité à l’une de ses scènes, Paris Rap City, au Glazart. Direction les loges, histoire de ne pas rester des hommes de l’ombre. Prise de contact établie, le feeling passait bien. Nous avons donc convenu d’une interview la semaine suivante. Rendez-vous pris pour le vendredi 15 novembre, posé sur le parvis de la Bibliothèque Mitterrand. Un entretien qui aura duré plus longtemps que prévu. On a forcément dû couper certaines parties pour ne pas que vous lâchiez d’ici la fin. Voici le résultat final, bonne lecture.

SWOL : On va commencer par parler de ton univers qu’on trouve déjà plutôt bien travaillé. Est-ce que tu penses qu’il est essentiel d’en créer un pour percer ?

Lunikar : (Réflexion…). Ouais. Enfin, on ne va pas dire un univers, mais une personnalité, ce qui t’es propre pour ne pas faire comme tout le monde. Mais, pour moi, je ne vais pas te mentir, ceux qui réussissent le plus sont ceux qui font comme tout le monde. Par exemple, tu prends les Migos, avec leur Versace, Versace, et tu te rends compte qu’ils y arrivent, parce qu’ils font ce que tout le monde attend. Cependant, c’est du déjà entendu. On connait plus de difficultés à être connu en créant un univers tu vois.

S : C’est quand même beaucoup plus dur de rester dans le temps en faisant du déjà-vu. On se souviendra surtout des premiers qui ont fait ça. Pour la trap, par exemple, un Gucci Mane.

Lk : Ouais voilà, c’est clair et net. Les gens qui copient ou répètent ce qui se fait déjà, ils vont y arriver mais ils ne vont pas rester longtemps alors qu’un gars qui crée son univers, quelque chose de différent, va pouvoir parler de longévité. Il n’y a que des grands noms comme NasJay-Z, ou même Kanye West, qui ont réussi à le faire pour l’instant. Ils ont sorti quelque chose de grave différent et, maintenant, tout le monde cherche à les copier. Et même des mecs comme Rick Ross, avec son délire Maybach Music, t’as l’impression que tout le monde cherche à reproduire ce qu’il fait. C’est con, mais c’est comme ça. Néanmoins, ça marche à courte durée. T’as peut-être fait ton tube, mais ne crois pas que tu vas rester toute ta vie avec ce single-là. Donc, de mon point de vue, c’est essentiel d’avoir son univers, son délire. Après on parle surtout de l’Amérique mais en France c’est extrêmement difficile de percer avec son univers. Du moins, quand je dis ça, je te parle des gars comme Joke3010Pesoa ou moi. C’est dur de se faire une place dans le rap français car les rappeurs sont encore limités, dans leur tête ils en sont encore aux « Ouais on vient d’la cité, on baise tout le monde, nique la France » alors qu’ils y habitent. Ils sont grave impolis. C’est relou de dire ça, ça peut paraître cliché, mais c’est la vérité. C’est en train de changer, heureusement.

S : T’as mis du temps à le façonner ou c’est venu sur un déclic ?

Lk : C’est quelque chose que j’ai cherché mais j’ai mis très longtemps à en trouver un qui me soit propre. Je fais de la musique depuis 10 ans. J’ai eu la chance de bosser avec plusieurs personnes qui ont des styles différents. J’ai tout testé mais je trouvais qu’il n’y en avait aucun qui m’allait, et ça me cassait les couilles. C’est seulement quand j’ai commencé à faire de la production, de la composition, que j’ai réellement commencé à le trouver. C’était plus facile de poser sur mes propres prods, je savais exactement où je voulais aller. C’est vraiment là que j’ai découvert mon univers.

S : Sur Limpide et la Wolftape, on peut t’entendre poser un flow nonchalant. Il y a également beaucoup de voix pitchées comme dans le Codeine Rap. Est-ce que que c’est quelque chose que t’écoutes à la base ?

Lk : Non, ce n’est pas quelque chose que j’écoute. Par contre, c’est quelque chose que j’ai écouté pendant que je travaillais sur Limpide. En fait, il y a eu trois versions de Limpide, totalement différentes de celle que vous avez pu entendre. Pendant cette période-là, j’écoutais effectivement énormément A$AP Rocky. Inconsciemment, ça m’a sûrement influencé. Après, je l’écoutais également parce que je me retrouvais dedans. Je n’écoute pas spécialement ce genre de sons, mais ouais, c’est le style de sons que je fais.

S : Beaucoup de tes morceaux ont eu droit à un visuel cette année. Qu’est-ce qui te pousse à clipper quasi tous les sons de tes projets ?

Lk : La vidéo, c’est quelque chose que j’apprécie mais que je ne pratique pas. Je laisse ça aux caméramans avec qui je travaille. Il n’y a que pour Limpide que j’ai tout clipper car, tout simplement, on va dire que c’était ma découverte. Après Jamais Perdant, je me suis dit qu’il fallait que je continue sur ma lancée. Pour la Wolftape, c’est clair que ça c’est grave ralenti et pour mes prochains projets, effectivement, ce sera une pièce maîtresse.

S : Justement, comment t’organises ton travail lorsqu’il faut réaliser les vidéos de tes morceaux ?

Lk : Je n’organise pas. Je ne suis pas du genre à dire « Ouais on va clipper tel morceau en premier parce que c’est celui qui va amener tel public ». On fait ça au feeling parce qu’entre le moment où on enregistre le son et le moment où vous l’entendez, il y a de nombreux changements qui font évoluer nos idées pour la réalisation.

S : T’as tendance à donner les idées de base, diriger les réalisateurs ou tu les laisses plutôt suivre leur propre inspiration ?

Lk : C’est moi qui donne l’idée de base. Surtout lorsque j’ai fait la prod d’un son, je sais exactement ce que je veux comme rendu visuel mais je déteste très clairement donner des ordres. Je préfère donc les laisser s’exprimer à partir de là. Je leur fais entièrement confiance et je pense que c’est ce qu’ils retiennent et apprécient chez moi.

Suite à la page 2. 

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