Le Tour Du Monde Du Hip-Hop #17 - La Corée du Sud

Le Tour Du Monde Du Hip-Hop #17 – La Corée du Sud

Pour ce nouvel article direction le pays du matin calme, donc le rap coréen, que nous allons vous présenter. Cette fois-ci, nous avons bénéficié de l’aide d’Underkhiphop, un des seuls sites internet français entièrement consacré au Hip-Hop coréen. Leur site est à découvrir ici.

drapeau


Comme dans beaucoup d’autres pays, c’est au début des années 80 qu’on retrouve les premiers sons de Hip-Hop en Corée du Sud, qui sortent logiquement des grandes villes. Dans les années 90, des rappeurs comme 3534, Seo Taiji and Boys ou Jinusean ont popularisé le courant musical dans le pays, leurs morceaux ont notamment tourné à la télévision et à la radio. L’internationalisation de la K-Pop a contribué à faire connaitre le Hip-Hop coréen à travers le monde. C’est donc en toute logique que c’est devenu un mouvement de société avec l’inévitable développement de la musique commerciale. C’est pour cela que beaucoup de fans de Hip-Hop underground reprochent aux artistes de K-Pop d’utiliser le rap comme une mode.

Les rappeurs utilisent principalement le coréen même si d’autres chantent en anglais ou se permettent de mélanger les deux langues dans le même morceau. Certains MCs  se sont inspirés de la musique traditionnelle coréenne et notamment du Pansori (dans laquelle un orateur déclame un texte accompagné d’un tambour), tandis que d’autres se sont tournés vers un style ressemblant plutôt au rap américain. La sape urbaine a également prit une place importante dans la mode locale, et c’est tout logiquement que les baggy et les sneakers se sont imposés.

MC Sniper (엠씨 스나이퍼)

 Tandis que certains artistes se démarquent grâce à leur flow ou une prod digne des plus grands, c’est ailleurs que MC Sniper a su faire la différence il y a une dizaine d’années en proposant une reprise de 솔아 솔아 푸르른 솔아 (Green Pine Tree), un chant de révolte coréen.

Au fil des années, le « barde du hip hop » a gagné le respect du public grâce à son style hybride mêlant le rap à d’autres genres musicaux, ainsi qu’aux messages qu’il fait passer à travers ses paroles. Ses thèmes de prédilection ? Les injustices sociales et la réalité quotidienne, basée sur sa propre expérience ou sur celle des autres. Faisant partie de la minorité de rappeurs à se produire sur les programmes TV musicaux (généralement dominés par des groupes pop et de la musique manufacturée), MC Sniper a récemment tenter de faire tomber la barrière entre l’industrie mainstream et les véritables artistes/musiciens en lançant un nouveau duo Hip-Hop appelé Egobomb.

Geto Christmas

Une chanson sortie en décembre dernier, peu avant Noël. Vous pouvez retrouver un article sur la chanson ici :

Epik High (에픽하이)

Si vous cherchez des groupes Hip-Hop sud-coréens sur internet, vous tomberez certainement sur Epik High. Composé de deux rappeurs (Mithra et Tablo) et d’un DJ (Tukutz), ce trio fait partie des artistes Hip-Hop les plus médiatisés en Corée. Ils ont même remporté le trophée du « Meilleur Artiste Hip-Hop » à plusieurs reprises lors de grandes cérémonies comme les Golden Disk Awards, les Seoul Music Awards, etc.

Cependant, ils ont prouvé tout au long de leur carrière que leur musique ne se limitait pas à un seul genre. Allant du rap old school au soft rock, en passant par la pop et l’électro, la diversité musicale d’Epik High leur a permis de faire l’unanimité auprès du grand public. Tout comme MC Sniper, les trois compères ont marqué les esprits, non seulement grâce à leur univers éclectique, mais aussi grâce à leurs talents de paroliers.

Tous deux poètes, Mithra et Tablo se servent de leur aisance avec les mots pour aborder divers sujets, dont certains plus sensibles que d’autres comme la drogue, la guerre, l’éducation ou la religion. Cette audace a entraîné la censure de certaines de leurs chansons (note : ils sont loin d’être les seuls à avoir connu ça puisque des chansons de MC Sniper et autres artistes ont-elles aussi étaient interdites de diffusion sur certaines chaînes télévisées coréennes).

Petite particularité au sein du groupe, le leader du groupe, Tablo, écrit parfois ses textes en anglais car il a passé une bonne partie de son enfance au Canada. Epik High ont même proposé des versions de quelques-uns de leurs titres entièrement réécrits en anglais, ce qui rend leur musique accessible au-delà des frontières.

Excuses (Feat. MYK)

Collab’ entre Epik High et MYK, qui a longtemps été considéré comme le quatrième membre honoraire du groupe. Les paroles sont en anglais, donc il est facile de comprendre de quoi le texte parle.

Drunken Tiger (드렁큰 타이거)

Impossible d’écrire un article sur le Hip-Hop sud-coréen sans mentionner l’un des groupes pionniers, Drunken Tiger. Ayant vu le jour aux Etats-Unis à la fin des années 90, le groupe Drunken Tiger démarre sa carrière en Corée du Sud avec l’album Year of the Tiger. Refusant de se conformer à l’industrie musicale coréenne qui, à cette époque, est déjà dominée par la musique pop et les ballades, ce premier opus fait l’objet de nombreuses controverses à cause des sujets tabous qui y sont abordés (sexe, contre-pouvoir, etc.).

En 2000, Drunken Tiger sort un second album intitulé The Great Birth sur lequel on peut découvrir quelques artistes du Movement Crew (Tasha de Uptown, le trio CB Mass et Kim Jin Pyo), un collectif fondé la même année dans le but d’implanter la musique Hip-Hop dans le pays.

Et le pari est réussi puisque plusieurs membres du crew, comme Epik High, Bobby Kim (de Buga Kingz), Dynamic Duo (de CB Mass), mais surtout Tiger JK (la figure centrale et seul membre restant de Drunken Tiger) et sa femme Tasha a.k.a Yoon Mi Rae (de Uptown), ont par la suite réussi à se faire une place sur la scène mainstream coréenne. En ayant ouvert la voie à de nombreux artistes Hip-Hop, Drunken Tiger reste donc à ce jour une figure emblématique du genre en Corée du Sud.

Good Life

Sorti en 2001, il est le premier single de Drunken Tiger à avoir été classé n°1 dans les charts mainstream. Il leur a même valu le titre de « Meilleur Clip Hip-Hop » au Mnet Music Video Festival, ainsi que le trophée du « Meilleur Artiste Hip-Hop » aux Seoul Music Awards.

Soul Company (소울컴퍼니)

 Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un artiste, ni d’un groupe, mais bien d’un label. De 2004 à 2011, Soul Company regroupait des grands noms du Hip-Hop sud-coréen actuel, comme Kebee, Jerry.k, The Quiett, Loptimist, etc. Le nombre grandissant d’artistes au sein de l’agence leur a permis de proposer un style très diversifié et de s’imposer au fil des années comme l’un des représentants de la scène underground.

Depuis la dissolution du label, certains membres se sont associés pour fonder leur propre maison de disque tandis que d’autres ont poursuivi leur chemin de leur côté. Aujourd’hui, la Soul Company reste un label très regretté par les amateurs de rap underground coréen, grâce à leur musique et leur travail d’équipe placé sous le signe de la fraternité.

Still A Team

C’est une chanson qui parle justement de l’amitié que partage les artistes de Soul Company, dont la traduction des paroles est à lire ici. MC Meta (membre du duo Garion) a participé à cette track car, même s’il n’est pas membre du label, il a joué un grand rôle dans sa création. Cette chanson est symbolique puisqu’elle a clos leur concert d’adieu.

Zoom sur le B-boying coréen :

Dans les années 2000, la scène bboy coréenne a commencé à faire ses preuves lors de grands championnats internationaux, et petit à petit ils ont gagné le respect des autres pays. C’est suite à ça que le R-16 Korea a vu le jour en 2007, avec pour but de permettre au mouvement hip hop et à la culture urbaine de se frayer une place, et de s’ancrer dans la société coréenne (car même si le R-16 est surtout connu comme l’une des 5 plus grandes compétitions mondiales de danse hip hop [bboyin, popping, locking], c’est aussi un festival qui met à l’honneur les arts urbains avec un concours de graffiti, des showcases de rappeurs, des DJs, etc.). Et on peut dire que le pari est en partie réussi puisque cet évènement accueille des milliers de spectateurs (plus de 60 000 en 2011) et il est sponsorisé par des organisations gouvernementales comme le KTO (Korea Tourism Organization) et le Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme.

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Si cet article vous a intéressé, vous pouvez suivre l’actu du rap coréen sur Underkhiphop ou en vous abonnant à leur Twitter.

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