Lassana

Lassana

Lassana est un jeune artiste prometteur qui dessine principalement des œuvres hyperréalistes à couper le souffle. Il nous arrive souvent, lorsque l’on regarde ses oeuvres, de se demander s’il s’agit d’une photo ou d’un dessin. Nous l’avons interviewé et nous vous laissons donc en apprendre un peu plus sur son parcours, ses débuts dans le dessin et ses projets.

Street Way Of Life : Peux-tu te présenter ?

Lassana : Je m’appelle Lassana, je suis né dans les débuts des années 80. Je suis originaire de Haute-Normandie, je suis infographiste mais aussi artiste peintre. Je dessine essentiellement de manière réaliste avec pour thèmes récurrents la ville, le graffiti, etc.

SWOL : Pourquoi as-tu commencé à dessiner ?

L : Je dessinais déjà quand j’étais gosse, un peu comme tout le monde. Ensuite, il y a eu les visionnages des séries télé avec toutes ces armadas visuelles fortes comme Ken Le Survivant, Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque, Akira, etc. Ça marque forcément les esprits. Mais j’ai commencé à dessiner sérieusement lorsque j’ai vu que j’avais le début d’un talent. Puis avec le temps, les cours et les études en art, j’ai pris goût à cette chose qui était vraiment à portée de main. J’ai ensuite eu quelques commandes plus ou moins importantes. Le dessin reste un mode d’expression, ce n’est pas une nécessité car je le fais par envie et lorsqu’une idée me vient ou qu’une image m’interpelle. Bien sûr il faut différencier le domaine professionnel et le fait de dessiner pour soi, par passion.

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SWOL : Un mot pour définir ton art ?

Lassana : Classicisme.

 SWOL : Où as-tu appris à dessiner ?

L : Je n’ai jamais pris de cours de dessins particulier, disons que je suis autodidacte. En revanche, je peux dire que les cours de dessin au collège ont été un élément déclencheur. J’ai même remporté un prix lors du festival BD d’Angoulême en 97. Ensuite, avec le lycée, j’ai étudié l’histoire de l’Art. C’est là que j’ai appris à m’affirmer. J’y ai aussi découvert l’univers graffiti donc « bien street », c’était un art bien opposé à tout ce que j’apprenais en cours, voilà pourquoi ce thème revient souvent dans mes dessins même si je tente de l’estomper au fur et à mesure. Ensuite, il y a eu les études supérieures en communication et publicité qui m’ont encore plus aidé à trouver mon style car je dessinais beaucoup à côté de mes études, vu que ça m’apportait beaucoup. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, je ne passe pas mon temps à dessiner, je n’en suis pas accro. Je peux passer plusieurs semaines sans rien produire. En tout cas je pense avoir l’œil assez développé pour repérer ce qui se fait de bien, je n’invente pas grand chose. Tout ce que je fais c’est aussi avec le temps à force de se forger une certaine culture visuelle, c’est surtout ça qui aide. C’est à force d’analyser, de pratiquer et, surtout, en me faisant plaisir.

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 SWOL : Tu travailles au stylo et à l’aquarelle, ne penses-tu pas te tourner vers d’autres outils dans le futur, tel que le fusain, par exemple ?

L : A vrai dire je n’aime pas toujours dessiner au stylo même si le rendu est intéressant. Ce que j’aime surtout c’est mélanger les outils, j’arrive à en maîtriser beaucoup contrairement à d’autres. Que ce soit l’aquarelle, la peinture acrylique, la peinture à l’huile, les crayons, l’encre, les feutres, etc. Je suis à l’aise avec toutes ces formes, c’est ça être artiste aussi. J’aime la technique, quand on voit mes œuvres on le ressent mais ce qui m’intéresse c’est aussi laisser place au côté aléatoire, les petites erreurs et les imperfections (j’en fais beaucoup) qui apportent une personnalité. Ce que je préfère par-dessus tout c’est la peinture acrylique ou à l’huile, c’est un vrai savoir-faire que les artistes pratiquent depuis des siècles. C’est super intéressant de peindre au pinceau et la façon dont tu peins en dit long sur toi, il faut choisir avec cohérence les couleurs, faire les bons mélanges, etc. C’est vite grillé si tu es un amateur.

SWOL : Penses-tu à te tourner vers d’autre type d’art ? Même manuel ? La sculpture par exemple ?

L : Je n’ai jamais été attiré par la sculpture, sauf peut-être pour faire des choses abstraites, là je pense que ça me plairait. Par contre faire des maquettes, des architectures en miniatures, ça aussi ça me plairait bien. A vrai dire, je préfère surtout me concentrer sur ce que je sais faire de mieux plutôt que de partir vers des choses dans lesquelles je me perdrai.

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SWOL : Combien de temps mets-tu pour réaliser un dessin ?

L : Cela dépend du contexte. Si c’est un dessin ou une peinture personnelle je prends souvent mon temps pour le faire. Je procède par phase et quasiment jamais en une seule fois. Il y a des jours où l’on est plus inspiré que d’autres. Pour des commandes j’essaie d’être rapide, trois jours ou une semaine. Honnêtement tout dépend, ce n’est pas toujours simple à estimer.

Avant j’aimais passer beaucoup de temps sur une peinture, trois mois parfois. Aujourd’hui, j’essaie de ne pas dépasser les trente jours, mais lorsque je fais des dessins détaillés je ne me préoccupe pas du temps car il faut obligatoirement que le résultat soit présent. Je n’aime pas dessiner pour rien, certains arrivent à faire des dessins très détaillés et tout ça en une journée quasiment, c’est très bien pour eux mais moi je mets plus de temps et le résultat est souvent bon.

 SWOL : Quels sont les artistes qui t’ont influencé ?

L : Depuis tout jeune j’ai été habitué à voir des images bien faîtes et bien dessinées. Les mangas japonais comme Gunm, Appleseed, Ghost In The Shell Akira ou d’autres encore y sont pour beaucoup. Il y a une différence d’approche visuelle forte entre la nôtre et celle qu’on trouve en Asie, le dessin est planant là-bas. Il est en suspension comme Sangoku sur son nuage. J’ai toujours été attiré par les univers technologiques des mangas japonais. Chez eux la qualité du dessin est prioritaire. J’aime aussi le style des artistes hyper-réalistes américains comme Chuck Close, Richard Estes ou les allemands Franz Gertsch et Gerhard Richter. C’est à partir de 2006 que j’ai commencé à dessiner de manière ultra-réaliste. C’était comme un jeu, une manière de me tester face aux défis de la photo. Cependant je reste assez influencé par les peintures européennes des siècles précédents et plus encore aujourd’hui je m’intéresse au style classique, à l’impressionniste, au naturalisme (Monet, MilletDavid, Le Caravage, etc.), c’est un patrimoine visuel fort. Le style d’aujourd’hui ne m’intéresse pas plus que ça, pourtant je vis bien dans mon temps mais il manque une chose de plus « vrai ». Il y a pourtant pas mal de choses qui se font bien aujourd’hui et qui peuvent donner des idées, mais dans dix ans tout aura encore changé vu que ceux qui nous gouvernent sont en crise permanente et ça se reflète dans ce que l’on fait. Alors que la peinture survit depuis des siècles, ce qui n’est pas le cas d’une « tablette de loi » tactile.

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 SWOL : D’où tires-tu l’inspiration pour dessiner ?

L : Tout d’abord de moi-même. J’entends en ce sens que peindre c’est comme pour un chanteur. Avec le temps, il a sa marque et cela vient tout seul, il ne se cherche pas et s’exprime naturellement. C’est la même chose, j’ai mes habitudes, mon empreinte et quelque soit l’outil que j’utilise je pense que l’on peut reconnaître mon style. Je m’imprègne autant dans la nature que dans la ville. Néanmoins, je préfère la densité de choix de la nature : un nuage, une fumée, une plante… En ville je fais surtout attention aux tags, au délabrement. J’aime les ambiances en ruine un peu. Sur internet j’aime également collectionner quelques images de toutes sortes. Je n’essaie pas d’être emprisonné dans un genre ou un style catégorique. Mais à vrai dire, je m’en fiche car à trop vouloir être bon partout et dans tout au final finit par parfois se tromper. J’avoue que c’est difficile une fois de changer de style une fois qu’on a ses habitudes. Certains arrivent à trouver plein d’alternatives à la seconde et sont débordant d’imagination, moi pas forcément.

SWOL : On a l’impression que tu essaies de combattre les injustices au travers de tes œuvres. Pourquoi ? Et quels sont les impacts que tu à l’impression d’avoir sur les autres ?

L : Je ne cherche pas toujours à dénoncer ou à prendre parti dans mes dessins même s’il est clair que je n’aime pas l’injustice. Ensuite, je ne pense pas que c’est par mes dessins que je vais changer les gens ou les choses, ce n’est pas vraiment mon but. Pour moi une personne qui donne de son temps et de son énergie aux plus démunis a plus de mérite que mes heures passées à dessiner Malcolm X. Mais avec certaines de mes œuvres, je cherche également l’impact visuel. Au final, ça a le même effet qu’une marque ou une affiche de pub, on retient bien visuellement. Aujourd’hui, j’aime bien montrer l’impact de l’argent, son rapport avec les gens, les désirs de richesses… Je pense donc pas que mes œuvres ont de l’impact. Je n’arrive pas vraiment à définir mon style car il peut varier, mais ce qui est intéressant c’est aussi de voir comment les gens sont surpris en voyant les détails sachant que je ne travaille pas avec du papier calque ou autres astuces. Je le fais à main levée, comme cela était fait à l’ancienne. De nos jours, tout doit se faire vite ! Les gens n’ont plus vraiment le temps, les richesses se font rares, et on veut rapidement de l’argent. Je pense qu’il y a un bon rapport entre le temps et la richesse dans ce que je fais.

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 SWOL : Comment s’est déroulé ta collaboration avec Din Records ?

L : Je me suis décidé à les contacter à partir de 2005. Un soir, je me suis dit qu’il fallait que je participe moi aussi à cette aventure qui prenait beaucoup d’ampleur. J’ai contacté et rencontré Sals’a, le gérant de la maison de disque. Je réalisais les dessins à partir d’idées précises que l’on me proposait et toujours avec cet esprit que « le savoir est une arme« . J’ai apporté ma touche, mon approche. En plus, durant cette période je faisais mes études, donc il fallait gérer tout ça. Par ailleurs, nous étions très proches géographiquement, cela a facilité le lien et le déroulement du travail.

 SWOL : En tant qu’artiste de street art, tu dois forcément  être un fan de Hip-Hop, quels sont les morceaux que tu écoutes ?

L : J’ai un rapport plutôt ambigu avec le Hip-Hop. Je n’ai jamais été un grand spécialiste de rap US mais un peu plus de rap français. Ça fait un bon moment que j’ai arrêté de m’y intéresser et d’écouter, un peu par lassitude générale. Même si je garde parfois une oreille attentive. Je suis de la génération 80/90 donc j’écoutais les Sages Po, MC Solaar, Fabe, NTM, IAM, Ménage à 3, Idéal J, Ärsenik, Lunatic, etc. Comme beaucoup ! J’aime bien l’originalité et les textes de Karlito (Mafia K’1 Fry), surtout dans l’album Contenu Sous Pression (avec DJ Mehdi, 2001). Il y a aussi le dernier album de Disiz qui n’est pas mal du tout. Là, je viens de « redécouvrir » Run DMC, et c’est du lourd, comme le morceau Rock Box. Ça respire le Hip-Hop historique américain.

Ma playlist de quelques titres préférés : First de Karlito (2001), Rien Ne Change des 2Neg (Cercle Rouge, 1996), Sex, Pouvoir et Biftons d’Ärsenik (1998). En rap US un morceau comme Regulate de Warren G et Nate Dogg, du Classique ! Quand je dessine un B-Boy classique ou tout ce qui se rapproche à l’historique du hip-hop, comme le graffiti, ça fait plaisir. Ça sent la street, l’authenticité.

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 SWOL : Est-ce qu’il y a un endroit un on peut voir tes œuvres ou les acheter ?

L : J’ai un portfolio ou je mets essentiellement mes œuvres réalistes et dignes d’être exposées ou vendues. Je n’ai pas énormément d’œuvres mais ma collection commence à bien s’enrichir. Pour me contacter et pour plus de renseignements, pour achats ou autre, il faut me contacter par mail : designlassana@gmail.com.

 SWOL : Quel sont tes projet pour l’avenir ?

L : Artistiquement : dessiner, peindre, exposer, vendre, me faire plaisir.

 SWOL : Quelque chose à rajouter ?

L : Keep it Real ! Merci à votre équipe.  Big Up aussi à Dasswassup et DJ blaiz.

Vous pouvez retrouver Lassana sur son Facebook et nous vous invitons également à faire un tour sur son Tumblr.

Merci de ne pas réutiliser les images des œuvres de Lassana présentes dans cette article,  toutes ces oeuvres sont la propriété de son auteur !

Interviewé par Nicolas et NouhotÒ Lyrics !

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