Faqyyr Bey (Interview)

Faqyyr Bey (Interview)

C’est dans le cadre de cette Paris Fashion Week 2014 que le créateur et couturier de la marque Faqyyr Bey a décidé d’effectuer son premier défilé. Pour l’occasion, le créateur accompagné de ses amis Disiz et Fatimata nous ont accueilli le 26 septembre dans une belle salle parisienne. Nous avons pu nous rassasier le ventre avec du thé et des gâteaux avant de littéralement nous rassasier les yeux avec une collection imprégnée de style et d’ornements. Après deux défilés plébiscités, il est revenu avec nous sur son parcours, sa nouvelle collection intitulée PRVRB 25.2 et ses futurs projets.

SWOL : Bonjour, pour commencer, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur la signification du nom Faqyyr Bey ?

Le Créateur : Bonjour ! Faqyyr, en arabe, ça veut dire personne démunie, qui vient d’en bas. Un Bey dans l’Empire Ottoman, c’était celui qui avait la légitimité pour être au pouvoir, les dignitaires. En d’autres termes, c’était le chef. Je suis très politisé et j’ai remarqué que les personnes en place ne sont pas représentatives du corps du peuple. Ce nom, c’est donc un message simple qui signifie « les pauvres au pouvoir ». Quand j’utilise cette expression, ce n’est pas que d’un point de vue financier. Pour moi, les pauvres ce sont ceux qui n’ont pas les diplômes, la bonne tête, le bon nom ou encore les bons pistons. Au fond, on est tous pauvre de quelque chose. Le message n’est pas de prôner la révolution mais de s’adresser à ceux qui sont ou se sentent pauvres et leur faire comprendre qu’ils ont également des raisons et la légitimité pour être ou devenir un Bey. Il est certain que ce n’est pas facile, mais il faut réussir à faire abstraction des obstacles et se lancer. Personnellement, j’ai fait une très grande fac de droit (étudiant à Assas). Je venais d’un bac technologique, de banlieue, ce n’était vraiment pas gagné au départ. Mais au final, j’ai réussi à obtenir mon master de droit. Derrière, je me suis dit que j’allais commencer à créer, coudre des vêtements. Ce message-là, je me le suis à appliquer à moi-même en premier. J’essaie également de le prôner par le biais du nom de la marque.

S : Quand as-tu commencé à t’intéresser au monde de la mode ? Que s’est-il passé ?

L.C : Je me suis toujours intéressé à la mode. Et j’ai toujours considéré que la mode, c’était justement de ne pas « être à la mode » mais d’être beau. De ce fait, je ne considère pas que le critère « être bien habillé » signifie que l’on est à la mode. Il faut savoir bien se présenter, que ça soit beau. Peu importe si c’est du jean et du cuir, faut que ça soit clean et que ça taille bien. C’est une des raisons qui fait que je n’ai jamais été fan des Zara et compagnie car, même s’il peut y avoir un joli haut, tu le reverras sur dix autres personnes dans la journée. En plus, c’est souvent des copies de grandes marques, type Givenchy. J’ai toujours eu mon avis à moi : très tranché et très critique. Depuis que je travaille dans le label de Disiz, pour qui je me suis improvisé styliste et que j’ai aidé dans le développement de sa marque, j’ai commencé à prendre confiance en mes qualités et capacités artistiques. Lui-même apprécie mes conseils. Un beau jour, je me suis dit que j’aimais trop les vêtements, qu’il fallait que j’en fasse et je me suis mis à coudre. J’ai essayé, et raté de nombreuses fois. Comme je n’ai jamais pris de cours, j’ai cassé la première machine, la seconde également et petit à petit j’ai appris. Encore aujourd’hui, il y a quelques erreurs de couture, mais ça évolue positivement.

S : Pourquoi avoir pris la décision de faire toutes tes créations à la main et en pièces uniques ?

L.C : C’est tout simplement car je n’avais pas l’argent pour payer des usines, des grosses productions ou des collections entières. Cela vient également du fait qu’une fois que je crée un vêtement, je n’aime pas m’attarder dessus. Donc forcément, cela m’arrange que ce soit des pièces uniques. Mais il y a une autre raison que je juge principale. Comme je te l’ai dit, être stylé à mes yeux, c’est être beau, mais également ne pas porter les mêmes vêtements que tout le monde. J’offre donc la possibilité à certains de pouvoir porter un vêtement unique, qu’ils ne croiseront sur personne d’autre, comme j’aimerais en avoir. Personnellement, à chaque fois que j’achète un vêtement, je le retouche pour en faire une pièce unique. Un vêtement, c’est ton identité au fond !

S : Peux- tu nous parler en détail de ta collection nommée PRVRB 25.2?

L.C : Les nouvelles créations de la collection ont toutes un nom particulier. A chaque fois, les noms touchent de près ou de loin au thème du dépassement de soi et de se faire confiance. Par exemple, la dernière création s’appelle « We Are The Saviors », des paroles tirées de la chanson de Raury, God’s Whisper. À travers ça, je voulais faire comprendre que c’était à nous de prendre les commandes et qu’on devait arrêter d’attendre. La création « La Chape de Saint Martin », c’est une cape bleue que l’église offrait aux Rois pour leur conférer une certaine légitimité. Ca représente bien le message que veut transmettre Faqyyr Bey. Il y a également la création « The Oil Spill That BP Ain‘t Cleaned Up », qui est une phase de Jay-Z dans Oceans, en feat. avec Frank Ocean. Il parle des séquelles de l’esclavage et dit qu’il reste des tâches noires dans l’océan, des restes de noirs issus des négriers, que la société BP ne pourra jamais nettoyer. Une énergie de revanche se dégage. La création 14 :1, elle, c’est pour la date de la révolution tunisienne et enfin, White Jasmin, c’est en référence à la fleur emblématique de la Tunisie.

FaqyyrBeyCollection

La liste des onze créations mises en vente le 15 octobre 2014

S : L’une de tes premières créations a été aperçue dans le clip Hasbeen de Disiz sur laquelle il était inscrit « Muhammad 47 ». Quelle est la signification de cet écrit ?

L.C : C’est le nom d’un Sourate. Quand je parle de religion, c’est que ça m’intéresse et que ça m’inspire. Ce n’est en aucun cas du prosélytisme. Par exemple, le nom de ma collection fait référence à un proverbe de la Bible (PRVRB 25.2). Donc si je faisais du prosélytisme pour le Coran, puis pour la Bible, il y aurait un problème de cohérence. La religion est juste une véritable passion, une source d’inspiration. A la limite, l’unique prosélytisme visible dans ma collection, cela serait un prosélytisme de confiance en soi. C’est le seul message que je prône.

S : Comment te sens-tu à l’idée d’avoir effectué ton premier défilé ?

L.C : D’abord, le fait qu’il y ait autant de personnes, c’est grâce à Disiz et Fatimata qui se sont eux-même occupés des invitations. Je voudrais donc les remercier. J’ai l’énorme chance d’avoir une équipe qui m’a permis de faire ce défilé. Je n’aurais pas pu le faire tout seul.

S : Et ta vision du monde de la mode ? 

L.C : Je le vois comme un monde assez fermé, pas facilement accessible. Cela me rebute un peu parfois. Du coup, la Haute Couture, c’est un milieu auquel je ne m’intéresse pas trop. Je ne regarde pas trop les défilés, ce que les marques font, etc. Surtout en période de création, je ne regarde absolument rien pour ne pas copier sans m’en rendre compte des choses que j’apprécierais. Tant que les gens soutiendront mon travail, même si, dans 10 ans, cela ne fait pas d’argent, je continuerai. J’ai la chance d’avoir un métier à côté qui me permet de concilier les deux. Bien entendu, si je peux en vivre, en faire mon métier, cela serait un rêve. Je reste toujours extrêmement motivé et ambitieux. Sur le chemin pour venir au défilé, je pensais déjà au prochain événement.

S : Qu’est ce que tu penses de l’évolution de la Haute couture ces dernières années et de l’exposition à laquelle elle a le droit, notamment sur tumblr ?

L.C : Je pense que l’art est indispensable à l’éducation réussie d’un individu. Le système scolaire français manque cruellement d’enseignements concernant l’art et la culture en général. Donc le fait qu’internet donne accès à cela et à tout le monde est pour moi une évolution salutaire. Ensuite pour Tumblr, j’entends souvent des gens critiquer d’autres personnes sur le fait que les seules connaissances en mode qu’ils aient soient celles qui viennent de Tumblr. Je n’aime pas beaucoup ceka, on s’en fiche de comment tu t’es formé ou du diplôme que tu as, surtout concernant l’Art. Si tu es bon et que tu arrives à toucher les gens, c’est tout ce qui compte. Le reste, c’est des bêtises de pontes et de castes qui ont peur de la concurrence et qui n’ont pas compris internet.

S : Comment ressens-tu le rapprochement de plus en plus net entre rap et haute couture ?

L.C : Pour être honnête, je suis un produit de ce rapprochement. Si j’ai osé me dire « je vais être designer » c’est, entre autres, parce que des rappeurs se sont dit la même chose avant. Sinon, je serai simplement resté fan de mode dans ma chambre sans jamais me mettre à créer. C’est malheureux mais étant originaires de banlieue, on a souvent l’habitude de se référer aux rappeurs ou sportifs comme modèles. Le bon point, c’est que ces derniers se diversifient de plus en plus, font de la politique, de l’art, de la littérature, et ça donne confiance à beaucoup de jeunes. Je regrette que l’on ait besoin de cela mais bon, c’est un autre sujet. Le rapprochement me plait bien évidemment, je préfère voir un rappeur aux côtés de Riccardo Tisci plutôt que de montrer sa fausse collection d’armes à feu. En tant que fan de rap, j’ai simplement peur que cette musique prenne le même chemin que le rock : être adopté dans tous les milieux et devenir populaire à en perdre son essence.

S : Disiz revient fréquemment dans ton discours, vous avez donc une relation particulière ?

L.C : Effectivement, c’est mon grand–frère de cœur. On se connait depuis un bout de temps maintenant. On a bossé ensemble sur son retour. C’est d’ailleurs lui qui a supervisé tout cet événement, toute l’organisation du défilé. Il a une très grande humilité, il s’en fiche d’être une star. Il soutient ce qui lui plaît.

S : Des projets pour l’avenir ?

L.C :  Des projets en mode encore. Mais pas seulement. On travaille avant tout en équipe. Donc quand je vois que Johann (Keezy Three Years Old ndlr, réal des clips de Disiz) prépare une vidéo, on la fait ensemble. Inversement, quand je fais mes vêtements ou collections, Johann et Disiz les font avec moi. Mes projets sont donc les prochains projets de Disiz, dont son prochain album, de Johann et ceux de Faqyyr Bey. On propose notre vision en équipe.

S : Pour finir, une question primordiale : comment doit-on faire pour se procurer l’une de tes pièces ?

L.C : Tout simplement, il faut se rendre sur faqyyrbey.com lorsque la collection sera mise en ligne le mercredi 15 octobre 2014 à 20 heures. A partir de ce moment-là, les premiers arrivés seront les premiers servis puisqu’il n’y a qu’un seul exemplaire de chaque modèle. Au total, il y a onze créations donc si tout se vend, il y aura onze clients. Ensuite, la personne qui aura acheté une pièce devra me donner ses mensurations et je lui réaliserai le modèle sur mesure. Concernant les prix, ils ne sont pas encore fixés.

Propos recueillis par Ntoyi.

Mise en vente de la collection mercredi 15 octobre 2014 à 20 heures sur faqyyrbey.com.

Infos pratiques : Facebook / Twitter / Instagram 

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